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Japon : un autoportrait, photographies 1945-1964

jeudi 14 octobre 2004Didier Gualeni

Après avoir mené la guerre pendant quinze ans, le régime de dictature impériale japonais a abdiqué et s’est déclaré vaincu sous le poids de deux bombes atomiques. Le Japon a connu par la suite un essor économique phénoménal. Une période de son histoire appelée « l’après guerre », a été marquée par la reconstruction du pays, de son économie, de son image mais également par la mise en place d’une constitution fondée sur la démocratie. Ce sont les jeux olympiques de 1964 qui ont marqué la fin de cette période. Ce livre émouvant retrace en image ces dix-neuf années de l’histoire du Japon. Une citation de Nayashi Tadahiko donne bien le ton de ce livre : "Les photographies tiennent du mystère, le photographe les prend en un instant, presque d’instinct, puis le temps pénètre l’équation - ce temps écoulé depuis le déclenchement de l’obturateur. Le temps ajoute un élément que le photographe n’avait nullement prévu : l’histoire."

Keiichi Takeuchi, professeur émérite à l’université Hitotsubashi, nous raconte "les années 1945 - 1964 vues par un japonais". De 1931 à 1945 les guerres menées par le Japon ont fait au moins 3 000 000 de morts dans son propre camp. La population japonaise, à la fin du conflit a été victime des bombes incendiaires américaines. En moins d’un an, 98 des 206 villes du Japon ont été détruites à 40 %. Keiichi Takeuchi reconnaît les atrocités que les troupes japonaises on fait subir aux civils et militaires qui se trouvaient sur leur chemin. Il regrette aussi que les Japonais n’aient pu juger eux-mêmes leurs criminels de guerres. Il décrit la réintégration dans l’administration, des fonctionnaires jugés coupables. Elle fut imposée par l’armée américaine d’occupation. C’est également cette force d’occupation qui imposera une constitution qui reconnaît des droits équivalents aux femmes et aux hommes, le droit syndical, la liberté d’opinion et de presse. Ces éclairages historiques nous aident à mieux comprendre le contexte de réalisation de ces images qui constituent cet ouvrage. Cette période charnière est un bouleversement de mentalité et une véritable libération pour bon nombre de japonais, c’est aussi le chemin de l’occidentalisation du Japon.

A la suite de cette présentation historique, Osam Iraki, photographe, conservateur de musée, directeur de la Société photographique japonaise, nous livre dans un long article, une histoire de la photographie japonaise, intitulée « Comment déchiffrer la photographie du Japon d’après guerre ». A partir d’une invention occidentale le Japon va développer un pan entier de son industrie et devenir le leader mondial de la fabrication d’appareils photo. Osam Iraki date l’arrivée du daguerréotype à Nagasaki en 1850 (Daguerre l’invente en 1839). La photographie est très appréciée des japonais et de nombreux studios voient le jour. L’industrie militaire étant interdite après la guerre, les fabricants d’optiques, qui avaient innové dans les viseurs militaires, se reconvertissent dans les appareils photographiques.
Avant la seconde guerre mondiale, Leica et Contax, fleurons de l’industrie allemande de précision, étaient les leaders de l’époque. Du fait de la coupure du pays en deux Allemagne et de l’image du régime nazi, l’industrie allemande de la photographie a mis plus de temps à renaître. Les Japonais on fait preuve, d’innovation et de rapidité pour mettre sur le marché des produits d’une très bonne qualité qui ont été distribués dans le monde entier. A cette époque le Nikon Type l faisait son entrée dans l’histoire de la photographie. C’est un photographe américain David Douglas Ducan qui travaillait pour Life, qui, a vanté la qualité des objectifs nippons dans un article paru dans le New-York Times en 1950. Cet article fut décisif pour l’industrie japonaise qui répondait déjà à la forte demande de l’armée d’occupation en matière d’appareils photo. On retrouve dans les rénovateurs de la photographie japonaise des personnes qui ont participé à la propagande nationaliste, avant et pendant la guerre comme Domon Ken. Ce photographe qui a regretté d ‘avoir participé à des exercices imposés, a lancé un véritable mouvement de la photographie réaliste, dite aussi photo documentaire où l’image doit révéler la réalité sociale sans mise en scène. Il est considéré comme un fondateur de la photographie moderne japonaise. Il influencera de nombreux amateurs en donnant des conseils dans une revue de photographie. La culture de l’image est ancrée dans ce pays au point d’avoir retenu le premier juin comme la journée de la photographie et cela, depuis 1951 !

Les photographies sont classées en trois périodes

- Au lendemain de la guerre 1946 - 1949

Ce sont des images de désolation, d’enfants orphelins, de files d’attente devant des centres de rationnement, de ruines, de bidons ville, d’objets retrouvés et fondus à Nagasaki à 700 mètres de l’épicentre de l’explosion de la bombe, de statue en pierre du Christ décapité par les bombes.

- Entre tradition et modernité 1950 - 1958

C’est à la fois des images de l’agriculture traditionnelle, de la pêche, de fêtes rituelles avec les costumes ancestraux mais aussi de gros chantiers industriels. Ce sont les images magnifiques de Ikko Narahara, sur la vie d’hommes et de femmes entassés dans une ambiance carcérale sur une île en béton. Cette île a été construite de toute pièce pour faciliter l’extraction du charbon du son sous-sol en pleine mer.

- Un nouveau Japon 1959 - 1964

Ce sont les signes de l’américanisation, avec les cigarettes, le coca cola, les foules d’employés de l’industrie qui font leur exercice matinal, des rangées sans fin d’étudiants alignés dans un couloir, des manifestations, des chômeurs, des nouveau-nés de la période du baby boom, alignés sur une table roulante, des gens habillés à la mode occidentale.

Les photos sur la galerie Nikon


Domon Ken (Photographe)
Hamaya Hiroshi (Photographe)
Hsoe Eikoh (Photographe)
Kawada Kikuji (Photographe)
Ishimoto Yasuhiro (Photographe)
Rimura Ihee (Photographe)
Nagano Shigeichi (Photographe)
Narahara Ikko (Photographe)
Tanuma Tyakeyoshi (Photographe)
Tomatsu Shomei (Photographe)
Alain Sayag (Photographe)
Keiichi Takeuchi (Photographe)
Osam Hiraki (Photographe)
Format : 27 cm x 32 cm - 1895 grammes, 216 pages
ISBN : 2080113305
Prix : 60 euros

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