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12 décembre 2005
Didier Gualeni

William Klein ce grand bonhomme

Le centre Pompidou, temple de l’art moderne, consacre à William Klein une rétrospective qui vient rendre hommage à cet artiste complet, à la fois, peintre, photographe et cinéaste. Un beau livre est publié à cette occasion et fait office de catalogue de l’exposition.

William Klein
© Didider Gualeni

Il suffit d’apercevoir William Klein dans une foule pour comprendre une partie de son style si particulier. Ce géant dépasse tout le monde de deux têtes. On l’imagine aisément à New York en 1954, muni de son Leïca sur le quel il a monté un objectif grand angle. Du haut de son œil, à près d’un mètre quatre vingt-dix, sa vision est forcement particulière. Il prend les gens de haut et quand il s’agit d’enfants, il s’accroupit et les prends en contre plongée. L’objectif aidant, les visages ont tendance à être allongés et l’angle de vue est original car il ne nous est pas familier. Le style Klein, c’est aussi, de ne pas suivre de règles de cadrage, de netteté, de contraste. Il avoue qu’il ne savait pas, à ses débuts, se servir de son appareil photo. Le résultat : ce sont des images avec des têtes coupées, des personnages qui sont en train de sortir du champ de vision, parfois d’autres qui y entrent, des gens qui regardent le photographe pendant que celui-ci capte une scène sur le vif. Ce sont aussi des images floues, des noirs et blancs où il n’y a pas trop de place pour les dégradés de gris. On a l’impression par moment que les photos de William Klein sont faites à la hache par un bûcheron plein d’énergie qui capture la vie, le mouvement, le cœur des villes.

Quand il revient en France à la suite de son périple aux Etats-Unis, il n’y aura qu’un éditeur français qui acceptera de publier en 1956 ses photos atypiques d’un New York sombre et pauvre, de cette satire sociale mêlée de poésie. Ce livre recevra le prix Nadar en 1957 et ne sera jamais publié sur sa terre natale. Puis William Klein enchaîne avec Rome, Moscou, Tokyo, Paris. Il fait également des photos de mode puis se consacre au cinéma. Il reprend son appareil photo après 15 ans d’absence. C’est la Maison Européenne de la Photographie qui monte en 2002, l’exposition Paris+Klein. Elle rassemble des images de la capitale française des années 60 et des photos récentes allant jusqu’en 2002. A ses débuts il perfectionne son talent de peintre dans l’atelier de Fernand Léger. Cette passion pour la peinture va se retrouver dans ces derniers travaux.

William Klein aime se plonger dans ses planches contact et les décorer à l’aide d’un pinceau et de couleurs vives. L’image retenue sur la planche contact est alors encadrée de peinture, les images éliminées sont barrées d’une croix. Dans le cadre de cette exposition il a ainsi décoré une dizaine d’images, des agrandissements géants recouvrent l’intégralité des murs d’une salle. Cette attention pour les planches contact l’a amené, il y a quelques années à initier une série de reportages réalisés par Jean-Pierre Krief et intitulée : contact, qui consiste à faire commenter par des grands photographes leurs planches contact.

William Klein s’est toujours occupé de la mise en page de ses livres, ce denier ne fait pas exception. Les images sont en pleine page, sans bordure. Là encore, l’homme du fait de sa grande taille, peut apprécier à bout de bras ses images. Par contre les gens de taille moyenne sont projetés dans les images. Pour les regarder avec du recul, il faut poser le livre. Il est amusant enfin, que celui qui s’est déclaré contre les icônes photographiques, en soit lui-même producteur et promoteur. En 1954, il à photographié un gamin qui jouait avec un pistolet en plastique dans les rues de New York. Il lui a demandé de prendre un air méchant, l’enfant s’est pris au jeu en brandissant l’arme dans sa direction et en plissant les yeux. Malgré lui, cette photo est devenue une icône. William Klein s’énerve quand on lui demande cette image pour illustrer la violence des jeunes. A 77 ans, c’est justement l’image de couverture qu’il a choisi pour ce beau livre ! Ce livre qu’il dédie à sa femme Jeanne, décédée le 12 octobre 2005.

En savoir plus

Marval (Editeur)
William klein (Photographe)
Parution : 1 novembre 2005
Format : 25 x 3 x 34
380 pages, broché
ISBN : 2862343625
Prix : 49 euros

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