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Orlan

mercredi 11 août 2004Didier Gualeni

Ce livre regorge de photos qui ne sont pas prises par Orlan, à l’exception des toutes premières où elle se prenait elle même avec l’aide d’un retardateur. Orlan est née le 30 mai 1947 à Saint-Etienne, elle vit et travaille à Paris. Elle est une figure du monde de l’art français et a réalisé de très nombreuses performances.

Orlan utilise son corps comme outil de son art, elle invente au passage l’art charnel, qu’elle oppose au body art, qui lui, fait souffrir, alors que l’art charnel est réalisé sous anesthésie.... On retient le plus souvent de ses expériences, ses opérations de chirurgie esthétique où elle s’est fait notamment poser des prothèses en haut de chaque tempe.

Orlan se met en scène et se fait photographier. Pour bon nombre d’images du début de sa carrière la légende ne nous indique pas qui en est l’auteur. C’est toujours le même personnage qui y figure au fil des pages : Orlan nue qui sort du cadre, Orlan traversant une ville se faisant photographier minute par minute, Orlan au Vatican se traînant à genoux, Orlan sur un marché vendant des photos de morceaux de son corps, Orlan en Madone, Orlan enfermée dans une caisse dans un musée, Orlan sur une table d’opération, des portraits numériques à base d’Orlan... Cet ouvrage de 264 pages qui contient plus de 200 œuvres a été réalisé à l’occasion des expositions montées par le Fonds régional d’art contemporain des Pays de Loire et le Centre national de la photographie (dont ce fut la dernière exposition au sein de l’hôtel Salomon de Rothschild). Il nous livre pour la première fois le parcours artistique en images de l’œuvre d’Orlan.

Orlan aime la provocation et réalise dans les années 70 des performances étranges comme embrasser sur la bouche des gens inconnus qui se rendent à la FIAC en échange d’une pièce de 5 francs. Cette mise en en scène est réalisée avec un genre de bustier qui représente un corps nu de femme : la pièce passe dans une glissière située entre les seins et tombe dans un sac plastique transparent en forme de triangle au niveau du pubis. Expérience qui lui vaudra de perdre son emploi d’enseignante.
Pour montrer sa révolte contre les canons de la beauté prônés dans la publicité et la presse féminine, elle subit neuf opérations de chirurgie esthétique entre 1990 et 1993. A l’occasion elle se fait greffer des protubérances sur les tempes, se fait creuser les joues, se fait allonger le nez, gonfler la lèvre, retendre la peau, liposucer... Elle diffuse les opérations par satellite dans plusieurs pays, les met en scène et en profite pour faire des dessins au doigt avec son sang. Sur place un photographe ne rate rien de la mise en scène colorée : des images seront tirées en nombre limité et vendues.

Au début de sa carrière Orlan est totalement nue, elle utilise des accessoires comme un masque, un mannequin dont elle accouche. Elle pratique également des "MesuRages". Pour cela, elle se rend dans un espace public ou culturel, revêt une sorte de tablier réalisé à partir de draps achetés par sa mère pour son trousseau et se traîne sur le sol avec une craie, mesurant l’espace en "orlan", unité de mesure toute personnelle. Elle lave ensuite ce tablier et en extrait l’eau de lessive qu’elle enferme et scelle dans des récipients comme des reliques. Puis succédera une longue période où elle se fait adone, réalise encore des reliques avec des morceaux de son corps... L’ouvrage contient une interview de l’artiste, des interventions de spécialistes, une très impressionnante liste des lieux où ses œuvres ont été exposées, une tout aussi impressionnante liste de monographies ou essais consacrés à son sujet.

Ce que je préfère est son travail consacré à des portraits traités sur ordinateur : la série intitulée « self-hybridations » donne des visages surprenants. Ces photos ont été réalisées avec l’aide d’un infographiste dont on ne nous indique pas le nom. Orlan prend sa propre image et l’intègre à des visages de statues précolombiennes et africaines. Cela donne des grands formats soit en couleur soit en noir et blanc. Dans le premier cas le fond de l’image est un aplat de couleur vive qui fait ressortir le portait et ses déformations diverses. Dans deuxième cas le fond de l’image est blanc avec des personnages aux coiffures extravagantes. Le livre nous montre 17 portraits ainsi réalisés. Ces visages n’existent pas dans la nature, le plus souvent ils ont un coté monstrueux mais ils nous semblent vite familiers. Ne sont ils pas une préfiguration de l’évolution de notre espèce ? En tout cas ils nous regardent et nous interrogent.

Le site d’0rlan


Flammarion (Editeur)
Orlan (Photographe)
broché 27 cm x 27 cm, 264 pages
ISBN : 2080112910
Prix : 49 euros

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