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« Les yeux brûlants » d’Antoine Agoudjian

lundi 29 mai 2006Didier Gualeni

Génocide et tremblement de terre sont les mots les plus souvent associés à l’Arménie, jeune état dont on a du mal à situer les frontières sur une carte.
Antoine Agoudjian est parti à la recherche des origines de ce peuple et de ce territoire qui existait dans l’antiquité sous l’appellation de grande et de petite Arménie. Cette terre fut annexée par l’empire byzantin et connue l’invasion turque, il y eu un éphémère royaume d’Arménie dans les années 1000 et la création d’un véritable état arménien en 1918, qui devint rapidement une république soviétique. Il a retrouvé son indépendance à la chute de l’URSS en septembre 1991.

Le génocide organisé par les turcs a été entrepris entre 1894 et 1922 pour atteindre son point culminant en 1915 et 1917. Tous ces épisodes dramatiques et sanglants ont été accompagnés de déplacements de population, de déportations, de fuites, d’immigration, ce peuple disséminé compose la diaspora Arménienne. Il y a en effet plus d’arméniens ou de personnes se sentant arméniennes qui vivent à l’extérieur de l’Arménie que sur son propre sol.
La tragédie de ce peuple ne s’est pas arrêtée là, un tremblement de terre a détruit le nord-ouest de la République d’Arménie en 1988 et c’est à cette occasion qu’Antoine Agoudjian est parti pendant un an comme logisticien pour une ONG. A son retour il a publié ses photos dans un livre intitulé « Le feu sous la glace ».
Pour « Les yeux brûlants » il a parcouru la terre de ses ancêtres et les régions avoisinantes où la diaspora s’est installée et les images qu’il a réalisées ont été prises en Turquie, Arménie, Géorgie, Iran, Irak, Israël, Kharabagh, Liban et Syrie.

Arménie. Epicentre du tremblement de terre, Spitak. 1989
© Antoine Agoudjian

Agoudjian ne photographie qu’en noir et blanc argentique. Il a découvert la photographie à 26 ans en travaillant dans un labo photo aux Etats Unis pour payer son billet de retour vers la France. Entre 1992 et 2003, en parallèle à son travail de tireur argentique noir et blanc, il va passer un diplôme de photographe. Pour lui, le tirage est aussi important que la prise de vue. Il compose des images graves, parfois dans des conditions de très faible luminosité, cela donne des photos contrastées avec un grain visible.

L’ambiance générale des images est sombre, comme si elles étaient endeuillées. On peut voir par exemple, à la tombée de la nuit, flotter un drapeau turc sur un monticule de terre, la légende de cette image est ainsi libellée « « Province abattoir », région stratégique où s’est opérée l ‘extermination massive des Arméniens au cours de leur déportation vers la Syrie, Kharpert, Asie Mineure, 2002 ».

Il y a aussi cette photo de vestiges de guerre à Beyrouth ouest, où dans un immeuble, des enfants regardent le photographe par un trou d’obus béant, le mur sombre est couvert d’impacts de balles, des fils électriques dans un enchevêtrement anarchique tiennent on ne sait comment, malgré un environnement hostile, on sent que la vie est là, on peut même déceler de l’espoir dans le sourire d’un jeune garçon. Antoine Agoudgian capte des instants de nostalgie de peines et de joie, il y a plus souvent des regards graves que des rires, sauf chez cette fillette qui saute à la corde à côté des décombres du tremblement de terre, ou chez les très jeunes orphelines du séisme de 1988 qui serrent leur poupée dans leurs bras et cherchent à jouer avec le photographe.

La légende de ses photos a une importance capitale, le baptême de ce bébé semblerait anodin si la légende ne venait pas préciser que l’on se trouve en Irak en 2004... Antoine Agoudgian donne à ses photos une allure de tableau avec une dimension religieuse, un peu comme si l’image devenait parabole.

Le site d’Antoine Agoudjian http://www.agoudjian.com

Exposition :

On peut voir ces photos dans le cadre d’une exposition qui se déroule du 13 avril au 1er juillet 2006 à Bibliothèque Municipale de Lyon, 30 boulevard Vivier-Merle, 69003 Lyon
Téléphone : 04 78 62 18 00



Antoine Agoudjian (Photographe)
Editeur : Centre National De La Photographie
Date de parution : mai 2006
Collection Photo Poche Societe, numéro 14
70 pages
ISBN 2742761330
Prix : 12,80 euros

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