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Le terrain de jeu du diable

dimanche 18 mai 2008Didier Gualeni

Les éditions Phaïdon rééditent « Le terrain de jeu du diable », cet ouvrage de Nan Goldin paru en 2003. Depuis, cette photographe a reçu en juin 2006, les insignes de Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres par le ministre français de la culture (elle vit à Paris depuis l’année 2000). Puis ce fut au début du mois de novembre 2007 que la Fondation Erna et Victor Hasselblad lui attribua son Prix International. Sa notoriété en France doit beaucoup à la rétrospective intitulée « Nan Goldin le feu follet » que le centre Pompidou avait organisé en 2001 et qui était présentée à l’étranger sous le titre "The Devil’s Playground" (Le terrain de jeu du diable). Nan Goldin n’hésite pas à déclarer : « La photographie a sauvé ma vie. ».

Ulrica Stockholm
© Nan Goldin - Le terrain de jeu du diable

Il faut dire que sa vie a mal commencé. Elle n’a que 11 ans quand sa grande sœur de 18 ans, Barbara, se suicide en se jetant sous un train à l’issue d’un séjour à l’hôpital psychiatrique. Ses parents l’avaient fait interner car ils la jugeaient trop rebelle. Cet épisode douloureux de son enfance a été pour elle l’occasion en 2004, dans le cadre du festival d’automne de Paris, de réaliser une installation dans l’hôpital de la Salpêtrière. Intitulée « Sœurs, Saintes et Sibylles », elle y retraçait cet évènement que ses parents avaient voulu lui cacher. Est-il à l’origine de cette faille qui l’habite, de cette fragilité qui la poursuit ? L’enchainement des images fait le lien avec cette histoire intime et son séjour en hôpital psychiatrique en 2003, où on la voit se mutiler en s’écrasant des mégots de cigarettes sur l’avant bras. Elle nous montre les plaies qui se creusent et qui ne cicatrisent pas, tant l’opération d’autodestruction est répétitive. Si la photographie l’a sauvée, son appareil ne la quitte pas dans ces moments de détresse où elle continue d’appuyer sur le déclencheur.

Traumatisée par ce drame familial, Nan quitte le système scolaire classique pour intégrer la Satya school qui repose les principes de Summer Hill, où elle découvre la photographie à 16 ans. A partir de 1972, elle suit les cours de l’école des Beaux-Arts de Boston où elle rencontre le photographe David Amstrong. Il devient drag queens et lui fait découvrir l’univers underground du drag queens de Boston dont le quartier général se situe dans le bar « The Other Side ». Nan Goldin va vivre avec ces drag queens, les photographier et témoigner de ce monde de la nuit qui vit en marge de la société. En 1992, elle publiera un livre sur ce travail intitulé « The Other Side ». En 1979 elle utilise le diaporama dans le cadre d’un concert du groupe Del Byzanteens. Ce moyen de présenter des photos sera mainte fois repris dans ses expositions et installations.

Son attirance pour l’anticonformisme et la marginalité fait beaucoup penser à Diane Arbus. Mais son cheminement est bien différent car par la suite, son travail porte essentiellement sur son entourage proche et sur elle-même. Elle photographie sa propre vie, ses amours, ses amantes, ses amants, ses amis et dans les années 80 l’arrivée du SIDA dans le milieu artistique Newyorkais. Elle ne cache rien de leur intimité, de leurs accouplements, de leur dépendance à la drogue. Nan enchaine cure de désintoxication et dépressions, elle a toujours à portée de main son appareil photo pour capter sa vision de son environnement dans ces moments difficiles. On peut dire que Nan Goldin a inventé la « photo réalité » en montrant ce que l’on ne montre pas habituellement. Cette activité de survie, ce travail photographique, cette souffrance qu’elle porte, lui permet de constituer un album photo de sa propre vie. Elle explique cette démarche par l’envie de « ne plus avoir à dépendre de la version de mon histoire vue par d’autres, […] ne plus jamais perdre le vrai souvenir d’une personne ». Travail sur soi, thérapie par la photo, les images de Nan Goldin déconcertent par leurs hétérogénéités, nous sommes tantôt dans l’album de famille, le reportage social, la photo plasticienne, le portrait, le nu. Elle nous livre des images très nettes, d’autres complètement floues. Inclassable et unique, son travail est le reflet chaotique de sa vie.

Guido on the dock
© Nan Goldin - Le terrain de jeu du diable
Joana’s back
© Nan Goldin - Le terrain de jeu du diable
Valerie on the see
© Nan Goldin - Le terrain de jeu du diable
Raymonde et Babeth
© Nan Goldin - Le terrain de jeu du diable


Le terrain de jeu du diable
Photographe : Nan Goldin
Broché : 448 pages
Editeur : PHAIDON (13 mars 2008)
Collection : PHOTOGRAPHIE
Langue : Français
ISBN-10 : 071489964X
Prix : 50€

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