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16 décembre 2004
Didier Gualeni

Karl Blossfeldt chez Taschen à petit prix

Karl Blossfeldt (1865 - 1932) est venu à la photographie par hasard. Apprenti dans une fonderie d’art, son talent lui vaut d’être repéré. Il obtient une bourse pour faire des études à l’Ecole du musée des arts décoratifs de Berlin. Il y rencontre Moritz Meurer, un professeur qui va l’entraîner avec lui comme assistant "herboriste" dans des voyages en Italie, Grèce et Afrique du nord.

L’artisanat allemand rencontrant des difficultés face à la concurrence internationale, Moritz Meurer dans le cadre d’un programme financé par l’état, est chargé de mettre au point une nouvelle méthode pédagogique. Il va ainsi réaliser des portfolios constitués de planches de végétaux destinés à inspirer la création de nouveaux motifs ornementaux pour l’artisanat d’art. Installé à Rome, il dispose de 6 assistants qui réalisent des dessins et modèles en relief de plantes, Karl Blossfeldt est le meilleur modeleur. Ses voyages se dérouleront sur sept années, l’influence de Meurer s’amplifiera dans le monde des arts appliqués. Les premières photos de Karl Blossfeldt paraîtront de façon anonyme dans une publication de Meurer en 1896. Karl Blossfeldt va devenir adjoint d’enseignement, puis professeur à l’école des arts appliqués de Charlottenburg. Déjà, à partir de 1898, il utilise la photographie de végétaux comme support de son enseignement. A partir de 1924, il enseigne à l’Ecole supérieure des arts de Berlin. La photographie permet de voir des détails que l’on ne soupçonne pas. Pour ses étudiants, il fait réaliser des diapositives sur plaque de verre qu’il projette au mur, ce qui permet un rapport d’agrandissement encore plus important. Des tirages sont également affichés dans les salles de dessin.

Il réalise sa première exposition en 1926 à la galerie Neirendorf à Berlin. C’est en 1928, à 63 ans, qu’il publie "Formes originales de l’art". "Le jardin des merveilles" est édité en 1932. Ces ouvrages rencontrent un vif succès mais il décède le 9 décembre 1932 à Berlin. Sa technique de prise de vue restera inchangée durant trente ans. Le fond est uni, granuleux, il est tantôt blanc cassé, gris, noir, ce qui permet de faire ressortir les végétaux qui semblent tenus par des épingles. Il y a peu ou pas d’ombre sur ses photos, l’éclairage est doux. Il s’agit très souvent de grossissements fois 4 à 10, ce qui permet de voir des détails que l’œil habituellement ne remarque pas. Ces végétaux sont véritablement mis à nu, comme s’ils allaient subir une opération, ils sont comme anesthésiés. Nous sommes en présence de la photo de l’immobile alors que dans la nature, le vent peut agiter les feuilles, bercer les tiges. Ici tout est figé dans un ordonnancement le plus simple possible. Il s’agit d’herbes que l’on trouve sur les talus, il n’y a pas de bouquets, ces plantes ne proviennent pas d’un fleuriste, parfois mais rarement il se fournira au jardin botanique de Berlin.

Cette monomanie a le charme de la répétition, quand on a vu l’exposition Bernd et Hilla Becher on trouve une analogie dans ce coté répétitif et systématique de la démarche. L’un regarde de très près la nature pour que l’homme s’inspire de formes originales, les autres regardent de loin ce que les hommes ont construit le plus souvent à l’encontre de la nature. Dans les deux cas il s’agit d’images en noir et blanc où la présence humaine est absente.

Dans chacune des démarches, on sent une force :

- Celle d’un "créateur" qui réalise une immensité de variétés de formes chez Karl Blossfeldt,
- Celle de "l’homme" qui rivalise d’ingéniosité pour exploiter les richesses de la terre, qui marque les paysages de son empreinte chez les Becher.

On s’arrêtera là dans les commentaires, on invitera le lecteur à observer et admirer les images de Karl Blossfeldt qui, parlant de son ouvrage "Le jardin des merveilles", déclarait : "Il n’est pas question de donner une quelconque explication à propos des documents photographiques qui sont montrés ici. Les commentaires bavards nuisent à la force de l’impression que produisent les images sur le spectateur."

En savoir plus

Taschen (Editeur)
Karl blossfeldt (Photographe)
Parution : 01/11/2004
19,6 x 25 cm, 250 pages, 256 photos
ISBN : 3 8228 348
Prix : 15 euros

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